Des difficultés de se découvrir homosexuel

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Une lectrice (Brigitte Doussay) m’a interrogé en privé après avoir terminé F.I.N.S.

Je m’apprêtais à répondre à ses questionnements lorsque j’ai soudain réalisé que certains, parmi vous, pouvaient également être intéressés par les (tentatives de) réponses que je pourrais exposer.

L’interrogation est la suivante : « Qu’est ce qui rend si dure la découverte de son homosexualité? Est-ce à cause de l’entourage et de cette société française bien pensante qui se permet de juger les gens sur des critères qui ne regardent personne ? Ou bien c’est douloureux pour soi-même par ce qu’on se sent différent ? C’est vrai quoi pour tout un chacun l’éveil à la sexualité se fait naturellement, pourquoi ça devient un problème quand l’autre est de même sexe ? »

Une seul phrase ne suffit pas à résoudre le problème. Si tout était si simple, ça se saurait.

Donc, Brigitte (et les autres !), l’entourage et la société jouent effectivement un rôle fondamental dans la douloureuse démarche de l’acceptation. Concernant l’entourage (qui ne peut être envisagé en dehors de la société car c’est lui qui la fonde), c’est la peur de décevoir qui prime, selon moi. Autant qu’un père ou un père rêve d’être le parent parfait, l’enfant aimerait savoir qu’il est l’enfant idéal. Or, dès lors qu’il emprunte un chemin différent (et il ne s’agit pas seulement de sexualité), la peur de déplaire prend toute la place. Malgré l’histoire mondiale et les preuves qui attestent aujourd’hui de la pratique de l’homosexualité de tous temps, elle reste un sujet récent. Récent parce qu’on ne s’y intéresse que depuis peu. Avant, il me semble (je peux me tromper) que la question ne se posait pas. On faisait ce qu’on avait à faire et puis voilà. Parlait-on réellement de sentiments aux prémices de l’Histoire ? Je n’en sais fichtrement rien : je n’y étais pas. De nos jours, au contraire : elle est sujette à débats. Peut-on parler de sentiments ? Les rapports entre personnes de même sexe ne s’arrêtent-ils pas au lever du lit ? Oui, les choses vont plus loin. Désormais, on le réalise et c’est ce qui effraie le monde. D’une certaine manière, l’amour (qui n’est pas seulement dans la pré) fait souvent peur car il fait émerger de nouvelles questions (lien, paternité…). Tant de questionnements sur lesquels la société et nos parents ne semblaient pas s’être arrêtés avant. Alors, depuis quelques décennies, les doutes commencent à émerger. Et, face à ces doutes, comment l’enfant/l’adolescent/le jeune adulte/l’homme mûr (je dis Homme mais c’est pareil pour la Femme) peut-il se construire sereinement ? Comment peut-on attendre de lui qu’il assume parfaitement son identité (et, au fond, est-ce vraiment ce qu’on attend de lui ?) et espérer qu’il envisage la découverte de sa propre sexualité de manière naturelle ? Les mots employés par la société ne sont pas volontairement méchants mais ont un impact fort sur un individu en plein questionnement. Qu’on le veuille ou non, la nature de l’Homme est de juger son prochain. On le fait tous quotidiennement et, égoïstes/malhonnêtes comme on est, on attend de l’autre qu’il ne s’autorise aucun jugement sur nous.

Mais notre propre jugement affecte également cette acceptation de notre véritable identité. Pourquoi ? Premièrement, oui, on se sent différent ? Comment pourrait-il en être autrement quand, depuis toujours, le monde nous présente un modèle unique de famille, de relation ? Le recul est encore trop faible pour que la société ait eu le temps de mettre en place un référent homosexuel. Un jeune gay (et, ici, ce n’est pas une question d’âge) doit avancer dans l’ombre, à tâtons, ou sur la toile, avec l’aide d’individus qu’il ne connait pas mais dont il se sent proche car ils ont ce lien que seules les minorités ont en commun. Cette différence.

Ensuite, et c’est con à dire, mais lors d’un coming-out, les parents du outé font le deuil de leur rêve de devenir grands-parents. Et bien c’est pareil pour l’homosexuel. Lui-même doit, avant de s’accepter réellement, réfléchir à cette question et faire lui-même le deuil de sa propre paternité. Car les espoirs sont à la fois motivants et violents, destructeurs.

Tant de doutes et de craintes qui pourraient très souvent faire pencher la balance de l’autre côté. Pas le côté obscur de la force mais le côté brillant, plein de paillettes. Ce côté qui promet un avenir tracé d’avance : le « ils vécurent heureux (ou du moins en donnèrent l’impression) et eurent beaucoup d’enfants ».

Alors non, Brigitte (et toujours les autres !) : l’éveil de chacun à la sexualité ne se fait pas naturellement, contrairement à ce qu’on aimerait penser. Il ne suffit pas de grandir dans une « bonne » famille, dans une famille aimante pour que le passage entre « ce que les autres voient de moi » et « ce que je suis réellement » se fasse de manière indétectable. En effet, qu’importe si tes parents t’acceptent sans difficultés : il demeure des questionnements blessants qui cesseront peut-être le jour où la société aura terminé son évolution. Mais, à ce moment-là, ils seront remplacés par LA question que tous les parents se posent : « Serai-je un bon père/une bonne mère ? ».

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4 réflexions sur “Des difficultés de se découvrir homosexuel

  1. Pingback: Des difficultés de se découvrir homosexuelL’Homme Aux Mots  a une belle propos pleine de vérité. Un excellent article à lire et relire. – S. M. Gerhard

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